Bonjour à tous
Je vais commencer par vous rassurer, je suis bien arrivé à Osaka. Mon directeur m'attendait comme prévu à notre lieu de rendez vous. J'ai un peu de mal à éclaircir mes idées et je m'excuse si mon message vous aparaitra confus. Le décalage horaire n'est pas encore tout à fait digéré. Par ailleurs, je n'ai pour le moment pas encore retrouvé l'usage de mes principales affaires. Mes bagages ont été perdus par Air France ; je n'avais que de l'électronique dans mon sac de cabine. A mon arrivée, les noms des heureux gagnants étaient déjà affichés, car je n'étais pas le seul. Depuis Noël, c'est parait-il devenu une tradition : une trentaine de bagages manquent sur chaque vol. Heureusement que Japan Airlines est là pour présenter ses excuses à ses clients. (J'ai quand même réussi a m'acheter du savon pour prendre une douche de temps en temps en attendant).
A la douane, j'ai eu droit à une fouille approfondie, sans concessions mais tout en courbettes. Il faut dire qu'une meute de chiens patrouille dans le hall pour débusquer tout importateur de drogues. Fatalement, à attendre si longuement mes bagages, j'était suspect. La douaniere avait eu le temps de me coller au moins cinq fois son chien dans mes mollets! Toujours est-il qu'après m'avoir controlé le fond de mon porte-monnaie, la doublure de mes semelles et chacune des sous-poches de mon sac, j'ai pu enfin repartir sous les mots de bienvenue et les sourires de la dizaine de douaniers qui m'avait si bien ausculté.
La première vue d'Osaka est assez surprenante. C'est une ville tout en béton, avec des tours à perte de vue, des routes et lignes de trains enchevêtrés, des fumées d'usines. L'aéroport lui-même est construit sur une île artificielle qui s'enfonce chaque année de quelques centimètres. Grâce à l'aide efficace de mon directeur, j'ai pu en quelques heures prendre possession de ma chambre, accomplir les formalités d'arrivée (bureau d'immigration, inscription à la sécu) et même ouvrir un compte en banque. Tous les différents offices administratifs sont regroupés au même endroit, ce qui est fort commode.
Un mot pour vous parler de l'administration. Je m'attendais à trouver des bureaux ultra-modernes. J'avais plutôt l'impression d'être retombé 30 ans en arrière, tant le mobilier paraissait désuet et tant les bureaux fourmillent de gratte-papiers. Un imense hall tient lieu de bureau, il n'est divisé que par quelques cloisons basses. Le public évolue dans de larges couloirs, délimités par de longs comptoirs le long desquels officient d'innombrables secrétaires. A l'arrière, des secrétaires et des commis s'affairent autour de rangées de bureaux. Des employés à l'oeil sévère surveillent la bonne marche de l'administration. Chaque fonctionnaire s'emploie à sa tâche d'un air digne et empressé. Pour toute démarche existe un formulaire papier à remplir dûment, puis à soumettre à l'examen attentif d'un fonctionnaire qui le tamponne de partout et le transmet à un autre. Un jeton numeroté vous est donné, et l'on peut récupérer le document sollicité à un autre comptoir lorsque son numéro est appelé. De loin comme de près, on a vraiment l'impression de visiter une ruche.
La banque a le même rapport à la main d'oeuvre, le papier et les formulaires que l'administration. Je n'avais depuis longtemps plus rempli de liasses aussi épaisses de papier carbone. On m'a remis un livret, dans lequel seront consignées toutes les operations bancaires. Comme je demandais egalement un RIB, la guichetière m'a écrit à la main un papier rempli de kanjis et sans aucun numéros. Je ne suis pas sûr que ma bonne agence du crédit mutuel puisse en faire quoi que ce soit.
Le campus où je travaille est très verdoyant. Malheureusement, je n'habite pas directement sur le campus et les distances sont très vites longues dans la ville. Malgré les apparences, la ville s'étale beaucoup. Pour arriver à l'université, je traverse de grandes zones pavillonnaires. Beaucoup de gens sont employés un peu partout sur mon chemin pour surveiller les carrefours et les gares. Ils portent d'énormes casquettes que nous trouverions ridicules. C'est certainement une facon efficace de régler les problèmes de chomage. J'espère que chacun de vous se porte bien.
A bientôt.
Kyoto. Si Kyoto passe pour la capitale culturelle du pays et est connu de par le monde pour son prestigieux patrimoine, l'université de la ville abrite également le non moins renommé Research Institute of Mathematical Sciences (
RIMS). Mes lecteurs érudits s'attendaient forcément à des photos des temples les plus célèbres du Japon, avec moult commentaires sur leur architecture ou leur immortalité, mais d'une part mon appareil est bêtement resté dans ma chambre et d'autre part, je ne me voyais pas fausser compagnie à mon sensei (mon professeur) que j'avais suivi pour un workshop juste pour continuer à vous accumuler des belles images. J'ai donc passé mon après-midi à écouter une série d'exposés sur les formes automorphes.
La conférence devait se tenir en anglais, dans l'une des belles
salles de l'université. Finalement, seuls les titres l'étaient. Sur une bonne soixantaine de participants, à peine trois étrangers et moi se trouvaient dans la salle. Mais de toute manière, des exposés dans la langue de Shakespeare n'auraient été qu'encore moins fluides et moins clairs. Les conférences japonaises sont assez semblables à celles européennes : un organisateur inaudible, des conférenciers esseulés, une audience qui roupille au bout de 10 minutes et se réveille pour aplaudir. Pour la petite histoire, nous étions trois Français. L'un m'était connu ; il avait été mon chargé de td de géométrie différentielle.Quel plaisir de le retrouver si loin !
Sur la route, ou dans le train plus exactement, nous avons croisé plusieurs coquettes en tenue traditionnelle, socques et kimono. Ce n'est pas en vain que le coeur du Japon bat à Kyoto.
Pas d'aventure extraordinaire à vous relater aujourd'hui, encore que ! Simplement une photo de mon butin, acheté au supermarché du coin. Désolé de vous faire vous déplacer pour si peu, mais mes histoires de supermarché font partie des anecdotes les plus attendues et demandées de mes fidèles lectrices.
A chaque expédition au supermarché, je deviens de plus en plus audacieux et me risque à acheter des produits inconnus. Je m'explique : au rayon fruits et légumes, j'arrive à identifier à peu près 90% des produits, facile ; au rayon boucherie et poissonnerie, je maitrise certainement encore 80% des marchandises (remarquez qu'ici la viande est souvent présentée en découpes déjà très fines) ; mais pour le reste impossible de reconnaître quoi que ce soit, ou alors d'imaginer où pourraient me servir certains ingrédients quand j'arrive à reconnaître des aliments. Or comment cuisiner convenablement sans condiments. Je suis pour le moment incapable de distinguer une bouteille d'huile d'une une sauce quelconque, un sachet de riz d'un sachet de gros sel ou même un flacon de shampoing d'une lotion démaquillante.

Je ne vous ai pas menti, tout est bien écrit rien qu'en japonais !
Parmi les découvertes du jour, un jus multivitaminé qui contient : des pommes, des oranges, du citron, mais aussi, du brocoli, du poivron, des asperges et d'autres légumes non identifiés.
Une fois de plus j'ai découvert aujourd'hui qu'il n'est nul besoin de savoir parler pour communiquer. J'ai dû régler quelque affaire à ma banque, et tout s'est bien passé sans que je ne parle vraiment japonais, ni que mon interlocutrice ne parle anglais. En réalité la caissière n'a pas arrêté de parler japonais, mais tellement doucement que personne n'aurait rien compris de toute façon, et Bebs-sama s'est même fait accompagné par le vieux gardien de l'établissement pour se faire expliquer le bon déroulement du distributeur.
Pendant ce temps en Frace s'agite une équipe à vérifier que toutes les pièces de mon dossier de bourse sont bien complètes et à me solliciter pour le compléter, tout en s'étonnant par exemple que mon attestation de sécu ne soit pas libellée en français. Je suis fort aise de savoir que grâce à des personnes comme moi, l'administration occupe des milliers de personnes et notre taux de chomage national ne dépasse pas les 20%. A ce jour, j'ai recencé 5 guichets à qui je dois adresser pièces justificatives et compte-rendus.
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J'ai enfin ma carte d'alien, et un téléphone. Une première tentative pour le téléphone avait tourné court car il manquait cette carte d'identité japonaise. Cette fois-ci, j'ai failli ne pas en avoir parce que je n'avais pas de sceau. Au Japon, on ne signe pas, mais on paraphe un document de son tampon personnel. Avec insistance, je suis parvenu à imposer ma signature à la place dudit sceau.
Mon téléphone est basique et franchement laid. Je ne voulais pas me lancer dans des dépenses somptuaires. Il parle un peu anglais. Il me permet de téléphoner, mais aussi, d'écrire et lire des emails, de télécharger toutes sortes d'informations depuis internet, de prendre des photos. Je me suis un peu fait avoir, il ne permet pas d'écouter de la musique, contrairement à la plupart des téléphones.
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Au bureau, j'ai rencontré un post-doc (P.D.) à qui je n'avais pas encore parlé. C'est un élève du grand chef. (Lequel chef d'ailleurs m'a ignoré autant qu'il pouvait le jour où je lui ai été présenté). La première réaction de P.D.san a été de m'imprimer sa dernière publication puis de demander le nom de mon directeur, son âge et de consulter sa liste de publication. Je ne sais pas à quel endroit de son échelle sociale j'ai été placé.
J'ai ensuite assisté aux préparatifs d'une conférence qui doit se tenir prochainement. Les petits 'graduate students' du grand chef, les tâcherons de l'équipe, se contentaient de remplir des cartons de chips et de biscuits en silence, post-doc san, en lieutenant obéissant, s'occupait de la mise en page du programme scientifique tout en animant la conversation, tandis que surgissait de temps à autre 'grand chef' sensei à la mine bougonne pour contrôler les opérations.
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Rentré trop tard ce soir, j'ai du aller acheter mon pain au 'Bakery restaurant' d'en face. J'ai trouvé ma première depuis mon départ. A 260 yen (150 yen = 1 eur), c'est du luxe, je vous l'accorde. Du reste, la baguette m'a été vendue dans une poche en papier, soigneusement refermée par un scotch, accompagnée d'un sachet de conservation plastique et son fil de fer, le tout précautionneusement rangé dans un sachet commercial aux couleurs assorties et aux plis impeccables. Bref, j'avais l'impression d'être servi comme d'un magasin de couture de luxe. Le vendeur a eu du mal à réprimer un regard d'effroi lorsque j'ai failli m'emparer de ma baguette à bras le corps comme tout bon français plutôt que par les anses du sachet qu'il me tendait. Voyez plutôt la photo.
J'ai un vélo. Piéton, apprend à raser les murs !
Un vélo, cela s'imposait, les distances sont longues et tout le monde circule à vélo, à un tel point qu'autour des stations de trains, il y a des parkings-silots spécialement pour garer les vélos. Sans surprise, les places sont payantes : cent yen la journée m'a-t-on dit, mais c'est toujours mieux que la fourière.
Bien mieux équipé que nos vélos français, mon vélo a une béquille stable (qui surlélève toute la roue arrière), un grand panier à l'avant, et surtout une commande de la dynamo depuis le guidon !
Pédaler n'est pas de tout repos, ca grimpe pas mal dans la ville. Evidemment, ca permet aussi de battre des records en descente. Mon seul soucis : la taille, j'ai beau tirer sur la selle, son manche est trop court !
Je n'ai pas oublié que mes groupies voulaient voir des petits chats, et comme il faut savoir caresser ses lectrices le sens du poil, voici l'emblème du supermarché où je vais faire mes courses.

S'il n'est pas mignon celui-là ?
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