Il y a des villes laides auxquelles l'histoire n'a légué qu'un seul joyau et qui en profitent pour piéger le touriste en lui promettant monts et merveilles.
Hikone en fait partie. Son
château, sensément le plus beau du Japon de ceux qui n'ont pas été
reconstruits par les filiales de Disney et certainement le plus cher à visiter, attire surtout des hordes de seniors qui font là leurs excursions en groupe et qu'il serait plus intelligent d'amener
directement à l'auberge plutôt que de laisser faire joujou avec le moindre volet du donjon. On devine sans peine que se sont les mêmes dont les petite-filles beuglent des suge bien gras toutes les
quinze secondes quand elles sont de sortie et cachent dans leur sac un miroir de salle de bain pour se replâtrer la façade sans manière dans les trains. Remarquez que ces petits vieux sont plutôt
courageux, car la montée dans les tours se fait encore sur des escaliers aussi raides que des échelles. Heureusement pour le business, personne ne s'est tué récemment.

Hikone s'est bâtie au bord du
lac Biwa, le plus grand lac du pays. Le donjon du château offre normalement un joli point de
vue, mais la météo était trop boudeuse se matin pour me donner la satisfaction de profiter du paysage.

Le Genkyu-en, jardin d'inspiration chinoise coincé entre les douves du château, mérite un détour.

Dans la foulée du château se trouve la rue de l'époque Edo : comprenez celle qui regroupe un restaurant après l'autre et où l'on vient déjeuner après tant d'aventures.
La ville a tout pour faire durer l'excursion troisième âge puisque du port, on peut s'embarquer pour une traversée du lac Biwa et s'élancer vers quelque île sous les notes bien
appuyées des tubas d'une musique de fanfare (pensez à un morceau d'ouverture du défilé de la fête patronale dans un village).
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Par contraste, le
musée Miho est un lieu que je désespérais de voir au Japon. Il présente la collection d'une famille de mécène, consacré à
l'art asiatique principalement, Japon, Chine, Corée mais également aux civilisation gréco-romaines, égyptiennes et perses, dans un incroyable bâtiment conçu par l'architecte
Pei (que nous connaissons pour la pyramide de verre du Louvre). La collection et le bâtiment sont dignes des plus grands standards internationaux.
Pour une fois, on oublie que l'on se trouve au Japon. Enfin un lieu qui ne se contente pas de conserver pieusement les reliques du passé sans les relier à notre époque. Les pièces sont mises en
scène, apprêtées et donnent envie d'être admirées. Malheureusement, pas un seul homme du public n'est venu sans cravate, pas une seule femme sans tailleur. Il reste du travail pour démocratiser
ce lieu.
Le musée est perdu dans la montagne : plus une seule tâche de béton à l'horizon. On accède au bâtiment des expositions par un tunnel dans la montagne et une passerelle
suspendue. Le bâtiment est principalement camouflé dans la roche. Les salles sont éclairées par des puits de lumière.

Pour son dixième anniversaire, le musée présente une exposition temporaire consacrée aux petits objets que la collectionneuse affectionnait particulièrement : un vrai régal.
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